En bref

  • Parmi les remèdes de grand-mère, seule l'eau de Javel tue les algues : c'est de l'hypochlorite de sodium, la même molécule que le chlore liquide vendu pour les piscines.
  • Le bicarbonate de soude ne tue rien. Il remonte le TAC, ce qui aide à stabiliser le pH avant le traitement, et rien de plus.
  • Le vinaigre n'a aucun effet utile à dose raisonnable, et il ne doit jamais rencontrer la Javel : le mélange d'un acide et d'eau de Javel dégage du chlore gazeux.
  • L'eau oxygénée de pharmacie est trop diluée pour une piscine, et elle neutralise le chlore déjà présent. Le gros sel ne sert qu'aux bassins équipés d'un électrolyseur.
  • Le vrai remède de grand-mère est mécanique : brosser les parois et filtrer en continu. Sans ces deux gestes, aucun produit, maison ou non, ne suffit.

Parmi les remèdes de grand-mère contre l’eau de piscine verte, un seul tue réellement les algues : l’eau de Javel, qui n’est rien d’autre que du chlore liquide. Le bicarbonate de soude corrige le TAC mais n’élimine aucune algue, le vinaigre ne sert à rien et devient dangereux s’il croise la Javel, et l’eau oxygénée de pharmacie est trop diluée. Le reste du « remède » est mécanique : corriger le pH, brosser, filtrer en continu.

Ce tri n’a rien d’un procès des solutions maison. Plusieurs produits du placard sont exactement les mêmes molécules que celles vendues en magasin de piscine, souvent moins chères. Encore faut-il savoir lesquels, et ce qu’ils font vraiment.

Le verdict, remède par remède

RemèdeCe que c’est chimiquementEffet sur les alguesUsage utile
Eau de JavelHypochlorite de sodiumOui, les détruitTraitement choc non stabilisé
Bicarbonate de soudeHydrogénocarbonate de sodiumAucunRemonter un TAC trop bas
Vinaigre blancAcide acétique diluéAucunAucun dans une piscine
Eau oxygénée de pharmaciePeroxyde d’hydrogène à 3 %Négligeable à cette doseAucun ; neutralise le chlore
Gros selChlorure de sodiumAucunÉlectrolyseur uniquement
Brosse et filtration continueAction mécaniqueRetire les algues, ne les tue pasIndispensable dans tous les cas

Le tableau dit l’essentiel : une eau verte est une eau où le désinfectant ne travaille plus. La seule façon de la rattraper est de remettre un oxydant efficace dans de bonnes conditions. Les causes de ce décrochage, pH qui dérive ou stabilisant accumulé, sont détaillées dans notre protocole complet pour rattraper une eau de piscine verte.

L’eau de Javel : le seul remède maison qui tue les algues

L’eau de Javel du commerce est une solution d’hypochlorite de sodium. C’est très exactement la molécule du « chlore liquide » vendu en bidons pour les piscines, à une concentration différente. Une fois dans l’eau, elle forme de l’acide hypochloreux, l’oxydant qui détruit les algues et les bactéries.

Deux produits se trouvent en grande surface, et il faut lire l’étiquette :

ProduitConcentration en chlore actifVolume pour +1 mg/L dans 1 m³
Eau de Javel en bouteille2,6 %environ 40 mL
Extrait de Javel en berlingot9,6 %environ 9 à 10 mL

Une eau verte demande une hausse importante du chlore libre, de l’ordre de 10 mg/L, et davantage si l’eau contient beaucoup de stabilisant. Pour un bassin de 40 m³, cela représente environ 400 g de chlore actif, soit une quinzaine de litres de Javel en bouteille, ou un peu moins de 4 litres d’extrait en berlingot. Le calcul détaillé, par produit et par objectif, se trouve dans notre article sur le dosage du chlore choc par m³.

La Javel a deux avantages réels sur un chlore choc en poudre. Elle est non stabilisée : elle n’ajoute pas d’acide cyanurique, ce qui en fait un bon choix quand le stabilisant est déjà élevé. Et elle se dissout instantanément, sans résidu qui se dépose sur le liner.

Elle a aussi trois limites à connaître :

  • elle doit être nature, sans parfum, sans détergent ni épaississant : une Javel « gel » ou parfumée apporte des additifs qui n’ont rien à faire dans un bassin ;
  • elle vieillit : une bouteille ouverte depuis des mois ou stockée au chaud a perdu une partie de son chlore, et la dose réelle sera inférieure à la dose calculée ;
  • elle fait monter le pH, comme tout hypochlorite, ce qui impose de le contrôler le lendemain du traitement.

Versez-la le soir, filtration en marche, devant les buses de refoulement, et jamais par l’intermédiaire d’un skimmer où elle stagnerait au contact des pièces de la pompe.

Le bicarbonate de soude : utile, mais pas contre les algues

Le bicarbonate de soude est sans doute le remède le plus cité, et le plus mal compris. Il ne désinfecte pas et n’attaque aucune algue. Ce qu’il fait est pourtant utile : il augmente le TAC, le titre alcalimétrique complet, c’est-à-dire la capacité de l’eau à résister aux variations de pH.

Un TAC trop bas laisse le pH partir à la moindre pluie ou au moindre ajout de produit. Or l’efficacité du chlore dépend directement du pH. L’acide hypochloreux, la forme active, domine en dessous de pH 7,5 et recule rapidement au-dessus.

pH de l’eauPart du chlore sous forme active (acide hypochloreux)
7,0environ 75 %
7,5environ 50 %
8,0environ 25 %

C’est là que le bicarbonate a sa place dans la remise au clair : avant le traitement, si le test montre un TAC trop faible pour que le pH tienne. Le calcul est simple : 84 g de bicarbonate de sodium apportent l’équivalent de 50 g de carbonate de calcium. Il faut donc environ 17 g par m³ pour remonter le TAC de 10 mg/L, soit 1 degré français.

Pour un bassin de 40 m³ dont le TAC doit gagner 30 mg/L, cela fait environ 2 kg de bicarbonate. Le produit « TAC plus » vendu en magasin de piscine est souvent ce même bicarbonate, sous un autre nom. L’ordre des corrections, TAC puis pH puis TH, est expliqué dans notre guide pH, TAC et TH.

Vinaigre blanc et Javel : le mélange à ne jamais faire

Le vinaigre blanc revient souvent dans les conseils en ligne, parfois pour « baisser le pH », parfois comme « anti-algues naturel ». Dans une piscine, il ne fait ni l’un ni l’autre de façon utile.

L’acide acétique du vinaigre est un acide faible : il faudrait des dizaines de litres pour faire bouger sensiblement le pH d’un bassin tamponné. Et il n’a aucune action algicide à ces concentrations. Il ajoute en revanche de la matière organique que le chlore devra ensuite oxyder, ce qui consomme du désinfectant au pire moment.

Le vrai problème est ailleurs. Le contact d’un acide et d’eau de Javel dégage du chlore gazeux, un gaz toxique. Ce risque est rappelé par l’INRS et les centres antipoison pour tous les produits ménagers. Dans un seau, au bord d’un bassin, verser du vinaigre puis de la Javel, ou l’inverse, reproduit exactement ce mélange.

La règle vaut pour tous les produits acides, y compris le pH moins vendu pour les piscines : jamais dans le même récipient que la Javel, et quelques heures d’intervalle, filtration en marche, entre les deux versements dans le bassin.

Eau oxygénée et gros sel : deux fausses pistes

L’eau oxygénée de pharmacie est du peroxyde d’hydrogène, la molécule des traitements dits à « oxygène actif ». Mais celle qu’on achète en flacon titre environ 3 %, soit « 10 volumes ». Les produits de piscine sont bien plus concentrés, et leurs doses se comptent en litres pour quelques mètres cubes : quelques flacons de pharmacie n’ont aucun effet mesurable sur un bassin.

Il y a plus gênant. Le peroxyde d’hydrogène et le chlore réagissent l’un avec l’autre et se neutralisent : verser de l’eau oxygénée dans une eau chlorée détruit une partie du chlore restant. C’est l’inverse de l’effet recherché. Un passage à l’oxygène actif se prépare en laissant d’abord retomber le chlore à zéro.

Le gros sel ne désinfecte rien par lui-même. Il ne sert que dans les bassins équipés d’un électrolyseur, qui transforme le sel dissous en chlore. Sans électrolyseur, on ajoute du sel à l’eau, et c’est tout. Avec un électrolyseur, le sel n’aide que si le taux est réellement bas, et l’appareil seul peine à rattraper une eau déjà verte : un choc reste nécessaire.

Le vrai remède de grand-mère : la brosse et la pompe

Les anciens n’avaient pas de produit miracle. Ils avaient une brosse, une épuisette et une pompe qui tournait. C’est toujours la moitié du travail, et la moitié que les produits ne remplacent pas.

Les algues collées aux parois et au fond échappent au traitement de l’eau. Le brossage les remet en suspension, où le chlore les atteint et où le filtre les retient. Brossez avant de traiter, puis chaque jour tant que l’eau n’est pas redevenue claire.

La filtration doit tourner en continu, jour et nuit, pendant toute la remise au clair. Un filtre à sable se contre-lave dès que la pression monte, parce qu’il se charge très vite d’algues mortes. Couper la pompe la nuit pour économiser rallonge l’opération de plusieurs jours.

Si l’eau reste verte malgré une Javel bien dosée, un pH correct et une filtration continue, la cause est presque toujours le stabilisant accumulé, qui bloque le chlore. Aucun remède, maison ou non, ne le fait baisser : seul un renouvellement partiel de l’eau en vient à bout, comme on l’explique dans pourquoi le chlore ne tient pas.

Questions fréquentes

Quel remède de grand-mère pour une eau de piscine verte ?

Le seul qui tue les algues est l'eau de Javel sans parfum ni détergent, qui est chimiquement du chlore liquide. Elle ne marche qu'avec un pH corrigé, des parois brossées et une filtration en continu. Le bicarbonate, le vinaigre, le gros sel ou l'eau oxygénée de pharmacie ne font pas disparaître une eau verte.

Le bicarbonate de soude fait-il disparaître l'eau verte ?

Non. Le bicarbonate de soude augmente le TAC, c'est-à-dire le pouvoir tampon de l'eau, et remonte légèrement le pH. Il est utile quand le TAC est trop bas pour que le pH tienne, avant un traitement choc. Il n'a aucune action sur les algues elles-mêmes.

Combien d'eau de Javel pour une piscine verte ?

Il faut environ 40 mL d'eau de Javel à 2,6 % pour monter le chlore libre de 1 mg/L dans 1 m³. Une eau verte demande une hausse de l'ordre de 10 mg/L ou davantage selon le stabilisant, soit environ 15 litres de Javel en bouteille pour 40 m³, ou un peu moins de 4 litres d'extrait en berlingot.

Peut-on mettre du vinaigre blanc dans une piscine verte ?

Ce n'est pas utile : à une dose raisonnable, le vinaigre baisse à peine le pH et n'a aucun effet algicide. Surtout, il ne doit jamais être mélangé à de l'eau de Javel, ni versé au même moment : le contact d'un acide et d'hypochlorite dégage du chlore gazeux, toxique.

Peut-on rattraper une piscine verte sans produit chimique ?

Pas une eau franchement verte. Le brossage et la filtration continue retirent une partie des algues, mais elles repoussent tant que l'eau n'est pas désinfectée. Un oxydant reste nécessaire : chlore, Javel, ou oxygène actif concentré vendu pour les piscines.

Sources et méthode

  • Concentrations de l'eau de Javel du commerce en France (2,6 % de chlore actif en bouteille, 9,6 % en berlingot) et risque de dégagement de chlore au contact d'un acide : fiche toxicologique INRS sur les solutions d'hypochlorite de sodium et Centre antipoison
  • Équilibre acide hypochloreux / ion hypochlorite en fonction du pH (pKa voisin de 7,5) : chimie de la chloration des eaux
  • Effet du bicarbonate de sodium sur l'alcalinité : calcul stœchiométrique (84 g de NaHCO₃ apportent l'équivalent de 50 g de CaCO₃)
  • Réaction entre peroxyde d'hydrogène et chlore libre, qui se neutralisent mutuellement : chimie des oxydants en eau de baignade
  • Calculs de la rédaction à partir de ces données — la notice des produits reste la référence