En bref

  • Pour monter le chlore libre de 1 mg/L dans 1 m³, il faut 1 g de chlore actif. Tout le reste découle de cette égalité et de la teneur du produit.
  • Soit environ 1,8 g de dichlor (56 % de chlore disponible), 1,5 g d'hypochlorite de calcium (65 %), ou près de 40 mL d'eau de Javel à 2,6 % de chlore actif, par m³ et par mg/L.
  • La hausse à viser dépend du but : environ dix fois le chlore combiné contre l'odeur et les chloramines, bien davantage sur une eau verte, et d'autant plus que le stabilisant est élevé.
  • La pompe tourne en continu pendant le choc et jusqu'au retour d'une eau claire et d'un taux normal. La notice du produit prime sur tout calcul.

Pour connaître la dose de chlore choc par m³, on part d’une égalité simple : 1 g de chlore actif dans 1 m³ d’eau monte le chlore libre de 1 mg/L. Il suffit ensuite de diviser par la teneur du produit, puis de multiplier par la hausse visée et par le volume du bassin. Avec un dichlor courant, cela donne environ 1,8 g par m³ et par mg/L ; avec un hypochlorite de calcium, environ 1,5 g.

La dose imprimée sur un seau, du type « tant de grammes pour 10 m³ », n’est pas fausse. Il correspond simplement à une hausse donnée, pour un produit donné. Comprendre le calcul permet de l’adapter à ce que vous cherchez réellement à faire.

L’égalité de départ : 1 g par m³ = 1 mg/L

Un mètre cube contient mille litres. Un gramme dissous dans mille litres, c’est donc un milligramme par litre. Cette équivalence est toute la mécanique du dosage, et elle vaut pour n’importe quel produit.

Le seul paramètre qui change d’un produit à l’autre est sa teneur en chlore disponible, c’est-à-dire la part de sa masse qui agit réellement comme désinfectant. Un produit à 56 % ne libère que 0,56 g de chlore actif par gramme versé. Il en faut donc davantage pour obtenir le même effet.

La formule complète tient en une ligne :

Quantité de produit (g) = volume (m³) × hausse visée (mg/L) ÷ teneur (en fraction)

Le volume est le premier terme, et c’est celui sur lequel on se trompe le plus. Une erreur de 20 % sur le volume se retrouve à l’identique dans la dose. Si vous ne l’avez jamais calculé, notre méthode pour calculer le volume de sa piscine donne le chiffre fiable, forme par forme.

Le tableau par type de produit

Les teneurs ci-dessous sont celles des substances pures ou des concentrations commerciales usuelles. La teneur exacte de votre produit figure sur l’étiquette, sous la forme « chlore disponible » ou « chlore actif » : c’est elle qu’il faut retenir si elle diffère.

ProduitTeneur en chlorePour +1 mg/L dans 1 m³Effet secondaire
Dichlor (dichloroisocyanurate de sodium dihydraté)55 à 57 %environ 1,8 gajoute du stabilisant
Dichlor anhydreplus de 62 %environ 1,6 gajoute du stabilisant
Hypochlorite de calciumde l’ordre de 65 %environ 1,5 gnon stabilisé, apporte du calcium, fait monter le pH
Trichlor (galets, acide trichloroisocyanurique)environ 90 %environ 1,1 gajoute du stabilisant, acidifie ; dissolution lente, inadapté au choc
Eau de Javel en bouteille2,6 % de chlore actifprès de 40 mLnon stabilisée, fait monter le pH
Extrait de Javel en berlingot9,6 % de chlore actifune dizaine de mLnon stabilisé, fait monter le pH

Pour la Javel, la conversion en millilitres est un ordre de grandeur : la masse volumique de la solution fait varier le résultat de quelques pour cent. Plus gênant, une Javel vieillit. Une bouteille entamée depuis des mois ou stockée au chaud a perdu une partie de son chlore, et la dose réelle sera plus faible que la dose calculée. Choisissez-la aussi sans parfum ni détergent, et ne la versez jamais en même temps qu’un acide : ces précautions sont détaillées dans notre article sur la Javel et les autres remèdes de grand-mère pour une eau verte.

Le trichlor figure au tableau pour mémoire. Il se vend surtout en galets à dissolution lente, faits pour entretenir un taux sur la durée, pas pour le monter d’un coup.

Quelle hausse viser : tout dépend du but

C’est ici que le « chlore choc » cesse d’être une dose unique. On ne choque pas de la même façon une eau qui sent fort et une eau devenue verte.

Contre l’odeur et les yeux qui piquent. Le problème vient du chlore combiné, ou chloramines, ce chlore déjà usé qui irrite sans désinfecter. Le repère usuel consiste à viser une hausse d’environ dix fois le chlore combiné mesuré, pour franchir le point de rupture. Nous avons détaillé ce mécanisme dans notre page sur les yeux qui piquent et l’odeur de chlore. Le chlore combiné se calcule en soustrayant le chlore libre du chlore total.

Contre une eau verte. Il faut une concentration nettement plus forte, maintenue jusqu’à la disparition des algues. Une méthode publiée par la communauté anglophone Trouble Free Pool, dite SLAM, fixe le niveau de choc à environ 40 % du taux de stabilisant (acide cyanurique) présent dans l’eau. Le principe est solide : le stabilisant retient une partie du chlore, et plus il y en a, plus il faut de chlore pour obtenir le même effet. Notre protocole de l’eau de piscine verte donne l’ordre des opérations, à respecter avant toute dose.

En préventif, après un orage, une forte fréquentation ou avant l’hivernage, la hausse visée est plus modeste. Ce sont ces cas que couvrent le plus souvent les doses imprimées sur les emballages.

Trois exemples chiffrés

Les trois calculs ci-dessous portent sur un bassin de 40 m³. Ils montrent la méthode ; ils ne remplacent ni la notice ni la mesure de votre eau.

SituationMesureHausse viséeHypochlorite de calcium (65 %)Dichlor (56 %)
Odeur de chlorechlore combiné à 0,5 mg/L+5 mg/L40 × 5 ÷ 0,65 ≈ 310 g40 × 5 ÷ 0,56 ≈ 360 g
Eau verte, stabilisant basstabilisant à 30 mg/L, chlore libre à 0jusqu’à 12 mg/L40 × 12 ÷ 0,65 ≈ 740 g40 × 12 ÷ 0,56 ≈ 860 g
Eau verte, stabilisant élevéstabilisant à 80 mg/L, chlore libre à 0jusqu’à 32 mg/L40 × 32 ÷ 0,65 ≈ 1,97 kgà éviter

Le troisième cas mérite qu’on s’y arrête. Un choc de cette ampleur coûte cher, et il doit être maintenu pendant plusieurs jours, avec des remises à niveau après chaque mesure. Au-delà d’un certain niveau de stabilisant, la voie raisonnable n’est plus de rajouter du chlore mais de renouveler une partie de l’eau. Nous l’expliquons dans le chlore ne tient pas : le stabilisant en cause.

Le choix du produit pèse aussi sur la suite. D’après les chiffres publiés par Trouble Free Pool, chaque mg/L de chlore apporté par du dichlor ajoute environ 0,9 mg/L de stabilisant. Dans le deuxième exemple, un choc au dichlor ferait passer le stabilisant de 30 à plus de 40 mg/L, et le choc suivant devrait viser plus haut. C’est pour cette raison qu’un chlore non stabilisé est préférable pour les chocs importants.

Combien de temps faire tourner la pompe

La filtration fait partie du traitement, au même titre que le produit. Elle répartit le chlore dans tout le volume, et elle retient ce que le chlore a tué.

  • Pendant le choc : la pompe tourne en continu, jour et nuit, au moins jusqu’au lendemain. Un produit versé pompe arrêtée reste concentré près du point d’introduction et décolore le revêtement.
  • Après le choc : la marche continue se prolonge tant que l’eau n’est pas redevenue claire et que le chlore libre n’est pas redescendu dans sa plage habituelle. Sur une eau verte, cela peut prendre plusieurs jours.
  • Ensuite : on revient au temps de filtration habituel, réglé sur la température de l’eau.

Deux gestes accompagnent la filtration. Ne lancez pas de contre-lavage juste après le choc, vous enverriez le produit à l’égout. Et surveillez la pression du filtre : sur une eau verte, il se charge vite, et un filtre saturé ne filtre plus.

Les règles de sécurité qui ne se discutent pas

Ne jamais mélanger deux produits chlorés de natures différentes, en particulier un dichlor ou un trichlor avec un hypochlorite de calcium. Le contact entre ces produits concentrés peut provoquer une réaction violente, avec dégagement de chaleur et de gaz toxique. Un seau, une pelle et un usage : on rince entre deux produits, et on ne verse jamais un reste dans un autre conditionnement.

Ne jamais mettre un acide et un chlore en contact, y compris un correcteur de pH moins. Le mélange libère du chlore gazeux.

Diluer dans l’eau, jamais l’inverse. On remplit le seau d’eau du bassin, puis on y verse la poudre ou les granulés, gants et lunettes en place. La solution se répartit ensuite devant les buses de refoulement, filtration en marche.

Vérifier le pH avant, pas après. Le chlore perd une grande partie de son efficacité quand le pH est trop haut. Un choc versé dans une eau mal équilibrée consomme le produit sans obtenir l’effet calculé.

Un dernier point concerne la mesure. Les bandelettes et certains réactifs colorimétriques se lisent mal à des taux élevés : au-delà de leur échelle, ils peuvent afficher une valeur faussement basse. Si le résultat d’un test vous surprend après un choc, diluez l’échantillon avec de l’eau du robinet non chlorée et recalculez, ou faites vérifier l’eau par un magasin équipé d’un photomètre.

Le calcul donne un ordre de grandeur fiable ; la notice du produit et la mesure de votre eau décident. Quand les deux divergent nettement, c’est que le volume, la teneur ou la mesure de départ est faux, et c’est là qu’il faut chercher avant de verser davantage.

Questions fréquentes

Combien de grammes de chlore choc pour 1 m³ d'eau ?

Cela dépend de la teneur du produit et de la hausse visée. Pour monter le chlore libre de 1 mg/L, il faut 1 g de chlore actif par m³, soit environ 1,8 g de dichlor à 56 % ou 1,5 g d'hypochlorite de calcium à 65 %. On multiplie ensuite par la hausse voulue en mg/L et par le volume du bassin.

Combien de temps faire tourner la pompe après un chlore choc ?

En continu, jour et nuit, au moins jusqu'au lendemain du traitement, puis tant que l'eau n'est pas redevenue claire et que le chlore libre n'est pas revenu dans sa plage habituelle. Une filtration coupée la nuit laisse le produit stagner et rallonge l'opération. Une fois l'eau rétablie, on revient au temps de filtration habituel.

Peut-on mettre trop de chlore choc ?

Oui. Un surdosage décolore le liner, peut abîmer certains équipements et retarde la baignade de plusieurs jours. Avec un chlore stabilisé, chaque choc ajoute aussi de l'acide cyanurique qui finit par bloquer le chlore. Calculer la dose sur le volume réel évite ces deux écueils.

Quand peut-on se baigner après un chlore choc ?

Quand un test montre que le chlore libre est redescendu dans la plage de confort habituelle et que le pH est correct. Le délai n'est donc pas fixe : il va de quelques heures à plusieurs jours selon la dose, le soleil et la charge de l'eau. La notice du produit indique aussi un délai minimal, à respecter.

Sources et méthode

  • Teneurs en chlore disponible des dérivés chlorés : dichloroisocyanurate de sodium (55 à 57 % sous forme dihydratée, plus de 62 % anhydre), acide trichloroisocyanurique (environ 90 %), hypochlorite de calcium (de l'ordre de 65 %) — évaluation technique JECFA/FAO du NaDCC et littérature technique piscine
  • Concentrations de l'eau de Javel du commerce en France : 2,6 % de chlore actif pour l'eau de Javel en bouteille, 9,6 % pour l'extrait de Javel en berlingot — fiche toxicologique INRS et Centre antipoison de Lille
  • Point de rupture et repère de dix fois le chlore combiné : chimie de la chloration des eaux de baignade
  • Méthode SLAM et relation chlore libre / acide cyanurique publiées par la communauté Trouble Free Pool (niveau de choc à 40 % du stabilisant ; apport de stabilisant d'environ 0,9 mg/L par mg/L de chlore pour le dichlor, 0,6 pour le trichlor)
  • Calculs de l'auteur à partir de ces teneurs — la notice de votre produit reste la référence